L’expression de la semaine : Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain

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museeGaumais.jpgCurieuse formule, qui nous reviendrait, paraît-il, de l’allemand du XVIsiècle (Das Kind mit dem Bad ausschütten), en passant par l’anglais du XIXe (to throw out the baby with the bathwater).

Elle indique qu’à l’examen de n’importe quelle situation, il ne faut pas tout condamner, tout supprimer, mais discerner avant tout ce qui lui est utile ou positif ! A priori, pourtant,  on ne voit pas un jeune enfant passer par la bonde de la baignoire pour s’enfuir vers un quelconque tuyau de décharge. Et si l’on jetait l’eau dehors, on ne le voit guère non plus se répandre dans le caniveau par inadvertance.

 

Encore faut-il savoir que l’eau, jusqu’à notre époque consumériste et gaspillante, était une denrée précieuse, et ce jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Tout le monde n’était pas raccordé au réseau, et son approvisionnement nécessitait quelques efforts de manutention, surtout pour emplir une baignoire. Ensuite, il fallait la chauffer sur le feu, dans des récipients plus petits ; cela prenait du temps.

Bref, toutes ces contraintes instituaient jadis une « cérémonie du bain » hebdomadaire ou mensuelle assez fastidieuse. Quoi de surprenant alors qu’on visât à une certaine économie de moyens. Une fois le bain chauffé, non pas tant pour le confort que pour dissoudre la crasse accumulée, s’établissait logiquement une « hiérarchie des ablutions » : les aînés et les plus sales d’abord – puisqu’ils travaillaient mais se montraient le dimanche -, les plus petits ensuite. Les malheureux derniers héritaient d’une onde pour le moins troublée. L’image veut qu’on aurait pu les égarer dans cette opacité, ou plus probablement qu’ils se noient dans ce trop grand volume par défaut de surveillance. Oups ! Et donc, oubliés ou inutiles, on eût du « les jeter avec l’eau du bain ».

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Photo : Baignoire d’enfant en métal peint, Virton, XIXe siècle. Coll. Musée gaumais.

Chez les « Tribolets » (sobriquet des gens de Virton), certaine famille – que nous ne connaissons pas, mais aisée, bien entendu -  n’avait pas ce souci ou a fait preuve d’à-propos : elle possédait une baignoire d’une taille adaptée aux bambins. Allant à l’essentiel, comme le veut notre formule, on se dispensait ainsi de chauffer trop d’eau, tout en évitant d’y perdre le bébé.  Mais, nous direz-vous, que viendrait faire là l’aisance financière, vu le prix du bassin probablement dérisoire comparé  à la taille supérieure ? Certes, mais c’est qu’il en fallait alors deux, et qu’en outre – on le voit ici - on ne se prive pas d’y poser le quartier de noblesse des seigneurs de Grange-au-Bois ; la nôtre n’arbore-t-elle pas en effet fièrement sur ses flancs, les armoiries de Virton ? Etonnant !

Quoique. En parlant des Gaumais, et surtout de leur capitale, les étrangers, s’ils sont indulgents, ne prétendent-ils pas qu’il faut précisément s’abstenir de « jeter le bébé avec l’eau du bain », tant il est vrai que les Virtonnais ont « plus de gueule que d’or » ? Ah !

 

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