L’œuvre de la semaine : Le devoir de l’instituteur (08/10/2014)

museeGaumais.jpgCe que peut révéler un simple cahier d’écolier…Derrière cette couverture rouge, se cache l’expérience d’un homme que les événements incitent à  renouer avec une pratique d’écolier, celle de la rédaction.  Et pour cause, car cet homme qui va relater ainsi une expérience nouvelle et difficile, est l’ancien instituteur du village. Né à Ville-Houdlémont en 1863, Paul, Denis Navet est âgé de 51 ans lorsqu’il est emmené en Allemagne le 26 août 1914. Il rentrera chez lui à Musson le 28 juillet 1915.

Pris en otage dès le 22 août, les hommes de Baranzy et de Musson, tout comme le furent aussi ceux d’autres villages de Gaume, épargnés des massacres, furent dirigés vers la gare d’Arlon pour être embarqués dans des wagons à bestiaux et envoyés en déportation. Certains, comme ceux de Rossignol, ne verront jamais la vallée du Rhin ; ils furent fusillés sous le pont de Schoppach dès leur arrivée en gare d’Arlon : onl manquait des wagons pour les transporter ! Parmi eux, une femme !

 

Ancien instituteur communal à Musson, Paul Navet se fit un devoir de relater le récit de sa captivité au camp d’Ohrdruf, Hassenberg et Holtzminden. Au moment de partir, la peur était tenace sur le sort qui les attendait, lui et ses compagnons d’infortune. Mais elle n’empêcha pas chez lui le souci de faire connaître à d’autres, à ceux qui étaient restés ou ceux qui lui succéderaient l’expérience qu’il vivait ; c’’est ainsi que naquit  L’âme allemande, ce recueil qu’il signa Paul-Denis Navez. Il prit des notes sur des bouts de papier de rencontre, qu’il conserva clandestinement, où sont décrits les traitements infligés aux prisonniers civils, ceux que les Allemands considéraient comme des francs-tireurs ! Le pire ! Ainsi, conscient des risques encourus, mais malgré eux, quotidiennement, Paul Navet restitue-t-il les faits vécus, de la façon la plus réaliste et la plus vraisemblable, et les impressions qu’il en ressentait !  Tous ces petits feuillets furent ensuite rassemblés et l’ouvrage, imprimé à Liège,  parut en 1919 sous le titre L’Ame allemande étudiée dans le Désastre de Musson (22 août 1914) et la Captivité qui s’en est suivie (1914-1915). Il fut réédité en 2008 chez Mémogramme, complété de documents inédits.

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 Photo : Paul-Denis Navez

L’Ame allemande : Farde contenant les cahiers manuscrits et autres document relatifs à sa captivité

Coll. privée

 

Cette modeste  farde rouge fut judicieusement sauvée parmi le mobilier de la maison familiale vendue en 1981 ; le carton bricolé de l’élégante couverture du « Cahier de l’écolier » que ficellent deux lacets marron, conserve précieusement :

S’ajoutent à cet important dossier les discours commémoratifs que prononça Paul-Denis Navez, lui qui fut le premier président de la « Société des Prisonniers civils et des Déportés ».

 

Ce document est présent à l’exposition « LARMES DE GUERRE » accessible au Musée gaumais chaque jour de 9h30 à 12h et de 14h à 18h. sauf le mardi. Cette double exposition comporte une soixantaine d’œuvres de Nestor Outer autour de nombreuses évocations de la vie des civils en Gaume durant la Première Guerre.

 

image001.jpgRetrouvez toutes nos activités sur :

www.museesgaumais.be

 

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