Le totem sort de sa réserve !

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Totem de Virton.jpgFace au pavillon du tourisme,

on trouve un totem ... indien

Non nous ne vivons pas dans une réserve !

 

La période canadienne (1956-1967).

Sous l'influence des familles canadiennes de la base aérienne de Marville, Virton s'est mobilisé, comme Florenville et Longuyon en France, pour accueillir des centaines d'aviateur militaires du 1er Wing en quête de logement.

Dans le cadre des accords de l'O.T.A.N, les forces aériennes d'outre-Atlantique aménageait des bases stratégiques en Europe, notamment celle de Marville, dans le département de la Meuse.

La région environnante ne pouvant pas héberger les familles des aviateurs, il a été lancé un appel au-delà de la frontière, pour inviter la population belg à se serrer, à se confiner au besoin dans les caves et dans les annexes et à aménager des appartements modernes à la disposition des militaires alliés.

C'est ainsi qu'à Virton, Saint-Mard, Ethe et Ruette, on a vu affluer plusieurs centaines de familles parlant généralement l'anglais, en recherche d'un logement convenable.

En l'espace de deux ans, les propriétaires d'immeubles, ceux notamment qui avaient récemment construit et faisaient face à l'emprunt, investirent en équipements sanitaires et électroménagers en vue de mettre des garnis à disposition. Les maisons vétustes, devenues tout à coup intéressantes à transformer et à reconditionner, se révélaient un ojbjet de spéculation avantageux. Jamais auparavant, on n'avait vu à Virton autant d'efforts dépensés pour la modernisation de l'habitat.

Tous les secteurs s'en ressentaient : les métiers d'abord, les commerçants ensuite, le standing de la population aide par un apport de revenus, les écoles pour les élèves de régime francophone et toues les associations en général qui profitaient d'une large fraternisation avec un peuple ami.

Lorsque en 1967, sur ordre du Général de Gaulle, les bases de l'O.T.A.N  furent intedites et démantelées en France, ce fut évidemment la stupéfaction et la consternation dans le milieu virtonnais. Les militaires canadiens émigraient avec leur  famille vers la base de Lahr en Allemagne et laissaient momentanément inoccupés les investissements assumés par des gens souvent modestes

La reconversion s'est faite progressivement dans un accueil aux touristes, nouvelle vocation de la capitale de la Gaume, et dans la nouvelles industrialisation qui, dès la mise en route de la Cellulose des Ardennes, en  1964 allait combler le vide laissé par les aviateurs.

Cette période canadienne a laissé un tel souvenir dans la mémoire des Virtonnais qu'une fête grandiose a été organisée au départ de nos amis le 11 mars 1967.

Le Bourgmestre Albert Jadoul s'exprimait ainsi lors d'une assemblée locale au début de l'année susdite :

"A l'occasion de leur départ, les Canadiens désirent laisser un souvenir de reconnaissance aux populations qui les ont accueillis dans notre région. Ce souvenir est un totem, c'est à dire une arbre canadien sculpté de motifs variés. C'est un arbre vieux de trois cents ans ; il a 5 mètres de hauteur et pèse environ 500 kg. Il sera implanté à l'entrée du parc communal ; la platerforme qui le recevra est presque terminée. La cérémonie aura lieu le samedi 11 mars à 15 heures. Il y aura une grande manifestation, avec la présence de plusieurs dizaines de miliatires de Marville et notamment parmi eux, tous ceux qui ont commandé la Base depuis 1954. Le concours de la musique canadienne de Marville et de la Royale Concordia est assuré". (source : "Histoire de Virton" - Chap. 32 - p 497-498).

En présence du grand chef Khut-la-cha (l'homme au coeur d'or) et de sa squaw, les aviateurs canadiens font leur adieux à Virton à la mode indienne.

Nos amis canadiens ont voulu marquer leur reconnaissance pour un excellent accueil, par l'érection du totem venu du Canada.

Ce geste a une signification spéciale. Les totems chez les Indiens avaient un sens profond.

Ces poteaux sculptés dans du bois de cèdre richement enluminés, véritables oeuvres artistiques, étaient la marque des clans et aussi des classes sociales. Ce n'étaient pas des divinités, mais ce qu'on pourrait comparer chez nous à des armoiries. Les canadiens modernes en ont fait une attraction touristique et les totems se sont multipliés chez eux comme les taques de foyers chez nous.

C'est donc une marque particulière d'estime qu'ils ont voulu donner à Longuyon en France et à Virton en plantant un de ces totems.

La cérémonie a débuté par sans doute le dernier rassemblement du "Piper Band" à l'avenue Bouvier. De là, on s'est rendu à l'Hôtel de Ville où les autorités attendaient.

Puis ce fut derriière l'auberge de jeunesse à l'entrée du parc de la ville, l'inauguration d'un monument insolite, il est vrai pour la région mais qui deviendra une attraction pour la ville.

5000 personnes, une foule énorme applaudit tout d'abord les anciens commandants de base de Marville, les colonels Avant Halle et Williams. Puis ce furent les allocutions du colonel  Christie, dernier chef de la base et le discours du Bourgmestre M. Jadoul. On a dévoilé la base du totem qui portait un texte en français et en anglais, exprimant la reconnaissance des Canadiens. Puis est entré en scène l'authentique chef indien "Khut-la-Cha" ce qui pourrait se traduire "l'Homme au Coeur d'Or) et sa squaw qui portait le nom de "Simon Baker". Après un discours en langue cheroteke, Khut-la-Cha sacra grands chefs indiens les colonels anciens et actuels de l'époque en leur coiffant la tête du chapeau de cérémonie à longues plumes.

La "Concordia" dirigée par M. Bodson et présidée par M. Nicola, joua la Brabançonne et l'hymne canadien et tout le monde se rendit à l'Hôtel de Ville où après les discours du Bourgmestre et du député échevin Michel, le colonel Christie a remit des diplômes de reconnaissance et des réduction du totem aux bourgmestres MM Théodore de Florenville ; Jean Zimmer de Lamorteau, Claude de Chenois, Deworme d'Ethe, Adam de dampicourt et Jean Jacques de Saint-Mard. Mr Jadoul a remit au colonel Christie une céramique de Bernardi représentant les armoiries de la Capitale de la Gaume. Et ce fut ensuite le vin d'honneur, le Zigomar. (source : la meuse 13/03/1967)

Et ensuite qu'est-il devenu ce totem ?

 

Le totem a été repeint plusieurs fois. Il y a une vingtaine d'années, au moment où la ville a acheté le Pavillon du Tourisme, on a demandé à Claude Goffinet de Saint-Remy de refaire une copie du premier totem dans un vieux chêne. Il est en face du pavillon du tourisme avec un nouveau socle, seule la plaque en marbre originale a été conservée.

Le totem avait été conservé au service travaux à la Socolait, ensuite il a été récupéré et remis en état par les scouts de Virton pour un corso fleuri et enfin rangé au service des travaux de la Ville. (G. Behin)

Il trône actuellement dans le hall d'entrée du Musée Gaumais. 

 

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willemsvero@gmail.com 

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