04/11/2012

Que nous révèlent les fouilles de la Grand'Place ?

IMGP6944.JPGPréalablement aux fouilles, Didier Culot, conservateur des Musées Gaumais et Denis Henrottay,archéologue en charge des fouilles de la place, avaient décidé de communiquer avec le public.

Cette « visite » commentée a rassemblé une centaine de personnes.


Plan Grand-place.jpgLe plan de Virton au temps de Charles Quint.

Autant dire tout de suite que ce n’est pas Virton au temps de Charles Quint.

C’est une vue un peu romantique qu’un érudit quelconque à probablement fait en voulant faire œuvre utile et préserver  ce qui pouvait être préservé. Cela donne une allure générale de la ville mais ça ne peut certainement pas être un document sur lequel les scientifiques et les archéologues puissent se baser pour juger des fouilles à réaliser  sur une place comme ici.

On y retrouve l’enceinte avec les douze tours, la porte d’Arival qui est près du Faubourg d’Arival  et au-dessus la porte d’Ardennes où il y a actuellement le restaurant.

Il y a un axe médian qui va du sud vers le nord qui est ce que l’on appelle la Grand’Rue.

Ce que l’on appelle aujourd’hui la Grand’Rue  au 18ème siècle n’existait pas (plan officiel).

Virton est un agglomérat de quartier médiévaux plus ou moins assemblés, plus ou moins dispersés entrecoupé de ruelles et donc la Grand Rue telle que nous la connaissons est probablement d’un tracé relativement récent. Ce qui montre bien que le plan au temps de Charles Quint n’est pas un document authentique.

Sur ce  plan encore, on peut voir l’église, que Denis Henrottay recherche et en face le restaurant « Entre Nous » qui est un bâtiment du 18 ème siècle. On ne peut pas être à la fois au 16ème siècle et au 18ème. Ce bâtiment est un des plus anciens de la Grand’Place , tous les autres ont été malheureusement détruits.

Aferraris.pngu 18ème siècle, nous étions sous régime autrichien et l’impératrice d’Autriche avait un ingénieur extrêmement talentueux à qui elle a demandé de dresser une espèce d’état de ses états. Cela n’avait pas spécialement un caractère cadastral mais plutôt un caractère stratégique, c’est-à-dire qu’il fallait savoir exactement ce qui se trouvait dans certains endroits de manière à éventuellement pouvoir  prévoir des campagnes, des approvisionnements, etc…

 C’est que l’on appelle la carte de Ferraris, c’est une carte des Pays-bas autrichiens.  C’est un état de Virton aux environs de 1770 – 1775.

IMGP7025.JPGPour Denis Henrottay, les travaux de fouilles vont durer encore 15 jours à 3 semaines maximum, pas du tout jusqu’à la fin mars.

8 personnes mènent les fouilles et font le travail du mieux qu'ils peuvent. Les squelettes donnent des informations sur l’inhumation au moyen-âge. Ce ne sera pas une collection de référence mais cela va pouvoir être comparé avec d’autres sites qui sont connus  dans la région.

Une quinzaine de squelettes ont été trouvés. Il y en a encore d’autres mais pas beaucoup et nous essayons de bien localiser l’essentiel des tombes pour éventuellement pouvoir restituer un plan d’une église. Les fondations de couleur un peu rose ne sont pas le cœur de l’église mais des restes des fonds des caveaux. Les squelettes sont datés d’avant 18ème et après 13ème siècle.

 

On n’a pas trouvé l’église alors quel est l’intérêt de ces fouilles ?

L’intérêt c’est que l’on a fait des recherches et que l’on est sûr que l’on n’a plus rien à retrouver justement.  Il y aurait pu avoir autre-chose, un château ou une villa romaine que l’on ne connaissait pas. Il ne faut pas penser que l’on connaît tout par l’histoire, l’archéologie apporte également un tas d’informations.

Ce que nous avons découvert ici ce sont des tombes, une cave du moyen-âge creusée dans le rocher, c’est la seule structure qui ne soit pas religieuse. Tout en haut, en face de l’église, on a retrouvé une citerne qui a été détruite à la fin du 18ème siècle probablement  (une citerne qui permettait de stocker de l’eau pour combattre les incendies dans les villes, il n’y avait pas encore l’eau de distribution).

Le rocher, au centre des fouilles, est un rocher en  place, c’est un rocher qui n’a jamais été remué, dans lequel on a jamais fait d’excavation autres que quelques  tombes qui ont été découvertes par les archéologues.

Or, c’est intéressant car cela ferme la porte à cette théorie selon laquelle il y avait des souterrains et cela nous explique pourquoi cette église est absolument invisible.

A l’époque on construisait sans faire de fondation et lorsque l’on a détruit cette église, on a complètement raclé le sol et probablement récupéré les pierres pour d’autres constructions.

Vers 1960 une dalle de béton lisse a été posée sur la grand place, on a certainement dû encore racler le sol et les tous derniers vestiges de l’église à ce moment-là.

IMGP7029.JPGLa place actuelle telle qu’on la connaît est sur un plan qui date des années 1840, et l’église actuelle date de 1828. On n’a pas vraiment d’informations sur le plan exact de l’ancienne église. On sait qu’elle était là parce que l’on y retrouve des squelettes.

L’essentiel des structures datent du moyen-âge. Cette église-là a été complètement détruite au 17 ème siècle, le sol a été abaissé et c’est vraiment quelques squelettes oubliés.

Comment peut-on dire que le sol a été abaissé ?

C’est parce que même la citerne que l’on a retrouvé était voûté et la voûte si on la reconstitue elle dépasse la rue actuelle.  On voit que tout le terrain a été excavé, nettoyé. Et l’ancienne église a probablement servi au remblai pour combler les fossés autour de la ville, on voit qu’au 18ème siècle, sur le plan, qu’une partie des fossés sont encore visibles.

IMGP7038.JPGDonc l’archéologie vient pour préciser des données historiques. Lorsque l’on fait des recherches sur un endroit, on se réfère aux archives, aux traditions et puis l’archéologue vient pratiquement  en dernier lieu, dans les sites urbanisés  pour essayer de confirmer  ou d’infirmer ce qu’on connaît ou ce qu’on croyait connaître. Ce qu’il y a de très intéressant dans ces fouilles archéologiques c’est que précisément il y avait beaucoup de traditions, de bruits, de rumeurs qui couraient sur la présence de  sous-terrains , de caves, d’église et de tout un tas de vestiges  que l’on espérait trouver sur la Grand’Place. L’archéologie vient aujourd’hui en quelques sortes fermer cette porte et en quelque sorte aussi rassurer le Virtonnais sur ce qui aurait pu rester. On imaginait Virton comme une espèce  de citadelle du 16ème siècle truffée de souterrains dans tous les coins, pour ce qui est de la Grand’Place, manifestement ce n’est pas le cas.

Par contre, si on s’en réfère aux données historiques c’est quand même assez intéressant parce que l’église était réputée être médiévale et malheureusement les Virtonnais n’ont jamais eu l’habitude d’entretenir très fort leur patrimoine. C’est vrai aujord’hui mais c’était vrai également antérieurement. On a d’ailleurs des écrits très anciens ou l’on voit des autorités notamment autrichiennes qui enjoignent au Virtonnais de remettre en état leurs murailles parce qu’elles sont en mauvais état ou démolie et personne ne songe à les reconstruite. Or la sécurité l’imposerait.

Dans le cas de la Grand’Place de Virton, c’est un peu cela qui  s’est passé l’Eglise était médiévale elle avait été fortement endommagée par les guerres de Louis XIV, par toutes les guerres d’ailleurs dont la Gaume a été confrontée. Elle avait subi la foudre, elle était complètement délabrée quand on a décidé d’en reconstruire une nouvelle.

La réfections urbanistique, des environs de 1826, a été assez profonde. On a repensé complètement tout le centre de Virton. Et c’est à ce moment-là que l’on  crée véritablement un axe comme la Grand’Rue et une Grand Place en centre-ville.

Sur la carte de Ferraris, il n’y a pas de grand’place et l’endroit où est l’église c’est une espèce de petite construction avec une rue à côté à gauche  et une rue à droite, il y a une espèce de placette derrière.

On va abattre tout un pâté de maisons qui se trouvent derrière l’ancienne église pour y construire l’église actuelle qui mordra sur une partie des remparts. Les remparts à ce moment-là ne sont déjà plus très visibles. Il en reste quelques tronçons au nord nord-est de la ville mais au sud et à l’ouest les constructions ont pris la place de tous ces remparts.

Véritablement, Virton au début du 19ème siècle va subir une très grande transformation, une très grande modification pour en faire véritablement une ville et non  plus un bourg médiéval qui était d’ailleurs comme Paris au temps de Hausman un bourg totalement insalubre dont il était impossible d’assurer la sécurité.

Donc on détruit l’église, on détruit quelques maisons, on recule les façades des immeubles pour donner plus d’amplitude à ce monument auquel il faut donner la perspective nécessaire.  C’est ce qui explique, par exemple que lorsqu’on a creusé la Maisons des œuvres, dans les années 64-65, des photos nous montrent des caves qui  repartent sur la Grand’Place.

Si l’on va dans l’ancien immeuble de Monsieur Eischorn, il y a des trace de voûtes et de colonnes qui allaient sous la Grand’Place actuelle.

La partie de droite (banque CBC, l’ancien magasin Fontaine et la pharmacie) s’avançait très fort sur la place. Et on a reculé également les façades de cet espace.

Pourquoi ?

643_001.jpgC’est notamment pour l’Avenue Bouvier. Dans les années 1880, on a décidé le percement d’une nouvelle artère qui devait être véritablement les « Champs Elysées de Virton », si l’on peut utiliser cette expression, cela devait être vraiment l’avenue qui allait permettre de découvrir la ville par le dessus,  lorsqu’on venait de la gare, tout d’un coup on surplombait la ville  et on descendait dedans.  C’était véritablement une rue qui allait entre la nouvelle église et les façades avait besoin d’être élargie pour permettre cette perspectives Donc lorsque l’on regarde bien on voit que les façades des maisons sont dans l’alignement droit de l’Avenue Bouvier  et que le pignon de l’église se trouve à l’alignement gauche, l’avenue Bouvier est sensée véritablemet pénétrer jusque dans la Grand Place.

(d'après les commentaires recueillis lors de la visite commentée ce 2/11/2012)

Écrit par kices dans Place Nestor Outer | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | | Pin it! |

Commentaires

intéressant vos commentaires merci

Écrit par : besonhe | 05/11/2012

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